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Pierre Gaignard : « Young Thug n’est plus un rappeur, c’est la ville d’Atlanta »

Pour son exposition 2 Cups Stuffed, l’artiste Pierre Gaignard, a décidé de monter un film, Thug roi, dont le sujet n’est autre que le rappeur fantasque Youg Thug. Fasciné par ce film qui met en scène l’artiste à travers des vidéos publiques prises sur internet. Pour l’occasion, nous avons rencontré ce fan de rap à la galerie Eric Mouchet.

Tu m’as dis que t’étais un gros kiffeur de rap, qu’est ce que t’écoutes en ce moment?

J’écoute beaucoup de rap US, d’ailleurs j’ai un peu de mal avec le rap français car c’est souvent mimétique. J’écoute évidemment toute la scène d’Atlanta, Future, Young Thug, tous les producteurs. J’ai pas mal suivi la scène du sud avec Rick Ross, Chicago avec Chief Keef. D’ailleurs le potentiel que Keef n’a pas exploité, j’ai l’impression qu’il l’a retransmis à Young Thug. En rap français, j’ai très longtemps écouté Booba, d’ailleurs le dernier album Nero Nemesis est incroyable, contrairement à l’avant dernier. Il est revenu à l’essentiel c’est assez cool. Je regarde aussi PNL, SCH, j’ai un peu plus de mal. Autant PNL au début j’aimais bien car ils se lâchaient à fond, là c’est limite trop construit et moins créatif.

Qu’est ce qui te plait avec cette nouvelle scène ?

Le retour à la mélodie. On construit beaucoup plus d’images, et on est beaucoup moins moraliste, même s’il y a des archétypes dans le rap comme sortir de la rue ou réussir, qui restent. Mais ce n’est plus dit de manière hyper littérale et un peu chiante, c’est beaucoup plus imagé et donc plus poétique. En France, on est tellement habitué au rap conscient que lorsqu’on écoute PNL ou Booba, on s’offusque que ça ne veuille rien dire, alors que c’est exactement ce que propose les arts. C’est d’aller chercher loin, c’est ce qu’ils proposent aujourd’hui, et ça me plait à fond. Au final, il n’y a que ceux qui veulent y aller, se faire des images, qui ont accès à ces mondes.

Pourquoi Young Thug?

Pourquoi Young Thug? Pour tout ! Ce côté conteur, poète des temps contemporains. Bon lui il est hyper jeune, c’est un personnage atypique, il transperce un peu tout. Il vient du gangsta rap, une catégorie assez spécifique du rap et très redondante, mais j’ai l’impression qu’il explose un peu les codes. Il y a eu cette polémique au Etats-Unis pour savoir s’il était gay ou pas. Au final, il a une nana, mais j’ai l’impression que c’est une couverture. Il va loin dans ce délire, même les meufs dans ses clips sont des métaphores. Dans le film, c’est dit, Young Thug n’est plus un rappeur, c’est la ville d’Atlanta. Il est vraiment conditionné par son statut d’habitant d’Atlanta. On est dans une période de décroissance économique, sociale, et bizarrement, le rap devient plus coloré, c’est un peu le côté poète du rap. Ils sont dans un truc où ils font de l’éducation, rendre les choses plus belles qu’elle ne le sont, et dessiner un futur plus radieux. Atlanta c’est une ville très rude, mais il essaye de passer outre ça et d’aller bien plus loin.

Le glamrock est apparu au milieu des années ’70 avec des robes, du vernis noir et des talons. Est-ce que le rap prend cette pente ?

Évidemment, c’est génial. Ils prennent conscience d’un truc. Je trouve ça très intéressant par rapport à l’époque dans laquelle on est, avec des problèmes de racisme et d’homophobie. C’est bien d’ouvrir les codes d’un monde, le gangsta rap, assez fermé. Young Thug, même sa voix, c’est très rock. Dans sa mécanique d’improvisation, de chant, ces cris, ça vient vachement du rock. C’est de la création pure.

Que l’art s’intéresse au rap comme ça, avec par exemple Kanye West, Pharell, ou Youssoupha permet selon-toi de légitimer ce mouvement?

Ca le vulgarise. Le rap en soit n’est pas non pas très marginal. Plus maintenant en tout cas. Quand on était plus jeune, c’était plus dur de dire que t’écoutais de rap. Mais ça convient exactement à l’époque d’aujourd’hui, c’est assez violent. Et puis le rap je le vois de plus en plus dans l’art car beaucoup d’artistes en écoutent. Dans les formes et le fond, je le sens, je sens une influence. Même s’il n’est pas présent de manière visible, comme on dirait sous coke, on pourrait dire qu’ils créent sous rap.

 




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