Neg’ Marrons 05 – crédit Fifou – HD

Interview Punchline – Neg’Marrons : « Avec les idées qu’on défend, on a vraiment envie que ça change »

Pour la sortie de leur dernier album, Valeur sûre, les deux légendes du 95 Jacky et Ben-J nous ont accordé quelques minutes pour un interview punchline. Après MOH de Marseille ou Lacraps de Montpellier, c’est autour du duo de nous donner leurs vérités.

« Tout est speed, fast life, fast food » Le monde bouge, Valeur sûre.

Et fast musique aussi? L’économie a changé?

Jacky : C’est sûr, tout s’est accéléré. Et la musique fait partie de ces choses qui ont changé. Tu vois les artistes sortir un album tous les 6 mois de peur de disparaître. Avant, la rareté était un gage de qualité : plus tu te faisais désirer, plus les gens étaient pressés de te retrouver. Aujourd’hui, il faut sortir des projets très rapidement sinon t’es vite dépassé. Avant, la qualité primait sur la quantité. Maintenant c’est le contraire.

Ben-J : Avec l’arrivée du numérique, beaucoup, malheureusement, téléchargent illégalement et gratuitement la musique. Les artistes sont donc obligés de trouver des réseaux parallèles pour vivre de leur art. Beaucoup d’artistes urbains vivent grâce aux chichas par exemple, ça fait partie de cette évolution vers the fast food, fast life and fast music.

« J’ai grandi comme toi dans des cités dortoirs. » Lève-toi, bats-toi, Rue case nègre.

Vous dites souvent que vous aussi avez grandi dans les ghetto et que vous y avez réussi, c’est un genre d’égotrip positif ?

Ben-J : Non, c’est pas de l’egotrip! C’est plutôt : « J’ai grandi comme toi et, malgré un environnement défavorable, j’ai réussi. » C’est compliqué de réussir de là d’où l’on vient, mais c’est possible.

Jacky : On n’a jamais été dans les lamentations, ce qui a toujours été dans notre « mentale », dans notre état d’esprit. C’est vrai que l’on vient du ghetto, où il faut cravacher 2 fois plus pour s’en sortir. Mais ça ne doit pas nous empêcher de croire en nos rêves. Quand on dit ce genre de phrases que j’ai répétées dans j’aime trop la life, je m’adresse plus aux artistes. Quand j’entends certains de leurs textes, j’ai l’impression d’être au Kosovo. Il faut savoir relativiser et comme on le dit : « On préfère chanter l’espoir que glorifier la misère.« 

« Dawala, Omar Sy, Matuidi, Taghmaoui » Fonce, Valeurs sûres.

Vous citez surtout des personnalités dans le divertissement, plutôt que des métiers moins mis en avant mais plus  constructif tel que des médecins ou des architectes.

Ben-J : Je suis d’accord avec toi, mais Omar Sy pour moi c’est un parcours formidable. Les jeunes ont besoin de repères comme celui-là. Dawala c’est pas un artiste, c’est un homme d’affaire. C’est du business qu’il fait, en investissant dans des marques de vêtements, des clubs de football ou des artistes. Une personne comme lui peut être un repère pour le jeune qui va écouter ce texte. C’est vrai que l’on aurait pu citer des avocats, mais je ne sais pas si ça aurait réellement parlé aux gens. Et puis ils peuvent aussi se documenter.

Pour le coup, on a préféré aller droit au but et rester terre-à-terre quant aux exemples qu’on a cité.

« T’entends pas ou quoi? » Couvre feu.

Jacky, parles-nous un peu de cette phrase qui est restée mythique. Dans quel contexte l’a tu trouvé ?

Ben-J : Il y avait que des sourds autour de Jacky.

Jacky : Ce genre de gimmicks vient spontanément, il ne s’explique pas vraiment. Ça m’est venu pendant mes émissions de radio, Couvre-feu, où plein de gimmicks sont sortis, que ce soit celui-là ou Calmement. C’est des vibes qui, finalement, sont restées avec le temps.

« Restons engagés pour que les choses puissent changer. » La voix du peuple, Héritage.

Est-ce que c’est parce que les choses n’ont pas changé que le rap a cessé d’être engagé?

Ben-J : Je ne peux pas dire que le rap ait cessé d’être engagé. Il y a une jeune génération qui l’est peut-être un peu moins, plus dans la légèreté au niveau des thématiques. Mais il reste encore des artistes contestataires comme Kery James, Medine, Lino… Ce n’est pas la nouvelle génération mais, pour moi, c’est sont des artistes porteurs d’un message engagé qui pousse la jeunesse à se mettre en avant et à rester sur les bons rails. Je pense que le rap porte encore un message politique. Mais c’est vrai que ce changement dont tu parles met du temps à s’opérer. C’est justement pour ça qu’il ne faut pas changer nos positions, nos discours, et qu’on ne lâche rien. Les gens peuvent se demander pourquoi on continue à écrire des textes avec autant de fond. C’est parce que nous, avec les idées qu’on défend, on a vraiment envie que ça change. Ce n’est pas seulement pour nous, mais surtout pour les générations à venir.

Jacky : On veut laisser un héritage. Aujourd’hui, on a ce rôle de grands frères dans la musique. Et, en tant que tels, on ne peut pas raconter de la merde. Dans le morceau Président, même s’il y a une double lecture et un second degré, c’est important de transmettre un message. On veut être cohérent avec ce qu’on a toujours défendu.




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