Liqid et Tcheep, Imbéciles Heureux

Interview – Liqid et Tcheep : « À 20 000 lieux de la trap gogole »

Depuis quelques semaines, le projet Imbéciles Heureux, du duo Lyonnais Liqid et Tcheep, est sorti sur internet et en vinyle. Pour cette occasion, on est allé interviewer le rappeur Liqid, ancien du groupe Les Gourmets. Entre situation Syrienne, d’où il est originaire, et Hip-Hop, la discussion fut enrichissante, en voici un extrait pour vous : 

Comment vous êtes-vous rencontrés toi et Tcheep?

En faite, avec Tcheep, on se connait depuis longtemps. On avait un groupe qui s’appelait les Gourmets, on s’est connu à cette époque là, vers 2002. On était pote avant de commencer à faire du son ensemble. On testait des trucs, le groupe a été formé. On a pas mal tourné dans toute la France mais ça s’est arrêté en 2010. Quand le groupe s’est dissocié, on avait toujours l’envie de faire un truc ensemble. On a d’abord créé un label, Mutant Ninja, on a chacun sorti des projets, moi c’est Liqid contre le reste du monde. Tcheep a sorti son EP Technodrome, et Oasis mécanique, plus trap, qui a assez bien marché en Angleterre. C’est la première fois depuis les Gourmets qu’on fait vraiment un projet officiellement réunis. C’est pour ça qu’il y a cette énergie qu’il y avait dans le groupe et qui ressort dans cet album.

 Les Gourmets : Fais tourner la weed

 

Parles-nous de l’album.

L’album s’appelle Imbéciles heureux, titre qui résume un peu l’esprit du truc. On a vraiment fait un album sans se prendre la tête. Ce qui nous motivait, c’était de se faire plaisir, c’était pas faire du buzz, du coup, on est à vingt mille lieux de tout ce que tu peux entendre en ce moment, de la trap gogole que tout le monde fait. On se retrouvait en studio, Tcheep venait avec ses MPC, il commençait à taper des prods, j’écrivais des textes, on enregistrait et c’était bouclé dans la soirée, en prise one shot. Pas de chichis, du coup, il y a une vraie énergie qui se ressent dans l’album, ça donne un côté très spontané. C’est pour ça qu’on l’a appelé Imbécile heureux, cette philosophie de ne pas se prendre la tête, qui est un peu paradoxale, mais c’est une espèce de fantasme de retourner dans l’enfance et l’insouciance. Du coup, il y a des morceaux assez naïfs et seconds degrés, et en même temps, le tout sonne très fat parce que Tcheep peut pas s’empêcher de faire des beats qui tabassent.

Et la pochette qui est aussi très travaillée, comment l’idée est venue?

C’était l’idée d’avoir tout un univers. il y a vraiment une unité dans l’album, et je trouve que c’est rare. C’est mon album et j’en suis vraiment fier. Du coup, on a voulu le prolonger dans l’univers graphique. Un pote, Boris Belghiti, qui bosse dans le dessin animé[1], s’en est occupé. Tu veux une clope mec?

Nan Merci

Ça faisait un moment qu’on parlait de bosser sur un truc en terme d’identité visuelle, et là, ça correspondait à fond, il y avait plein de références dans l’album, c’est facile à illustrer, tout était évident, et le mec à fait un super taf. Voir le visuel nous a direct donné envie de le sortir en vinyle.

http://www.dailymotion.com/video/xfombj

Justement, pourquoi ce choix du vynile?

Là, si tu me files un CD, je galèrerai à l’écouter. Dans notre carrière, on a beaucoup privilégié le digital. On a été parmi les premiers à sortir des albums en téléchargement gratuit avec Les Gourmets en 2005. On est de la génération Myspace. On voulait marquer le coup et le sortir en physique. Et de l’avoir en vinyle, ça donne un côté collector parce qu’on est des collectionneurs que ce soit de vieux disques ou de figurines. Ça marque beaucoup plus le coup. 

Sur Les Inrocks, on a lu une histoire de ouf sur vous, Kool Keith, et son addiction pour les sex shop, dites-nous en plus.

 “Mon rappeur préféré, c’est Kool Keith, et il est sur l’album.”

Quand l’interview est sortie, plein de gens m’ont demandé si c’était vrai. Tout est vrai, rien n’est romancé. Je vais pas te paraphraser l’article, mais pour moi, c’est un rappeur mythique, culte. Docteur Octagon, Docteur Doom, que des albums qui m’ont marqué. J’aime son style sans prise de tête, il attaque le mic, il est super créatif autant dans les flows que dans les placements qui sont parfois hors-beat, mais c’est ce qui fait tout le charme et toute la technicité. Ca m’inspire énormément. La connexion existe depuis des années notamment grâce à Kutmasta Kurt qui est son DJ. Grâce à lui, ça a pu se faire, ce qui n’était pas évident parce que Kool Keith est totalement perché et qu’il peut te dire oui aujourd’hui et t’oublier le lendemain. Mais grâce à la ténacité de toute l’équipe et de Kutmasta Kurt qui nous l’a apporté jusqu’au studio, ça a pu se faire sans encombre.

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Vous avez aussi fait une campagne de crowfounding pour financer votre album, comment s’est passée cette opération?

Ca s’est super bien passé parce qu’on a éclaté l’objectif en une semaine. L’idée pour nous, c’était pas tant le financement que l’opération de communication et le fait de pouvoir impliquer les gens qui nous suivent, pouvoir leur proposer des packs un peu exclusifs. L’opération KissKissBankBank nous a permis de mesurer notre fanbase. On a proposé des packs exclusifs avec des T-shirts. L’idée c’était de valoriser ces gens là qui nous suivent depuis le début. C’est grâce à eux et pour eux qu’on fait ça. Je ne le regrette absolument pas. Je vois beaucoup de gens qui disent “arrêtez vos opérations de crowfounding”, moi je le vois ni plus ni moins comme un moyen de précommande. Ca permet de valider ton projet à la base en faisant participer les gens, c’est tout bénef pour tous le monde.

 Quels sont vos projets pour le futur?

Cet album, on va le défendre pendant de longs mois. Des clips et des concerts vont arriver. La première date sera forcément lyonnaise parce que c’est notre partie. Le 11 février au Transbordeur à Lyon. Ensuite, on fait une Release party le 21 février au Pan piper avec Al’tarba. Puis à Bobigny à festival Terre Hip hop. Ça va nous amener jusqu’à l’été. Pour être honnête on a déjà commencé à bosser la suite de notre label. Tcheep et moi, on va avoir des projets de nos côtés qui devraient arriver dans l’année. L’idée c’est de rester actifs et de faire le plus de dates possibles.

 Demain sortira le premier clip de l’album, Tartelette au citron, alors, stay tuned!

[1] Boris Belghiti : Pris du public Cinérail, 2009




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