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Interview JM Mougeot – « Nous ne sommes qu’un rouage supplémentaire au Hip Hop parisien, on n’est pas là pour remplacer quoi que ce soit »

Pour l’inauguration de la Canopée à Châtelet, le directeur de La Place Centre culturel Hip Hop, JM Mougeot nous a accueilli pour un entretien afin de comprendre quelles sont les intentions, les objectifs de cette structure totalement novatrice. 

Dans Streetpress tu dis : “Tous les projets hip-hop sont sous-financés en France.” Pourquoi?

Le Hip Hop a cette réputation de faire beaucoup avec pas grand chose. Avec peu, on se dit qu’on a quand même, alors on le fait. Alors qu’un professionnel du milieu, il voit le budget de départ et se dit : « c’est impossible de faire ce projet ». Ca permet de faire des choses magnifiques mais ça a des limites, économiquement, ça affaiblit les structures, et certains peuvent aller jusqu’au dépôt de bilan. Donc on ne donne jamais les moyens réels à des projets pour lancer ces grands événements culturels qui rassemblent beaucoup de monde. Si on fait un comparatif entre les subventions versées à la musique Hip Hop avec les subventions pour les musiques Rock ou électro par exemple, je pense qu’il y a un déséquilibre. Pourquoi? Car on a décidé d’arrêter de demander, mais à un moment donné, ce n’est pas illégitime de demander. La débrouillardise, c’est bien pour commencer, mais ça à ses limites. Il faudrait qu’on arrive à avoir des entreprises ou des structures Hip Hop beaucoup plus consolidée dans leur structure. Quand on mise 1 euros dans le Hip Hop, on mise dans le culturel, dans le vivre ensemble comme ils l’appellent, alors c’est rentable.

Quels ont été les obstacles à la réalisation de ce projet?

Je vais te raconter un truc, je suis arrivé en octobre 2013. La réflexion, elle, a commencé en 2009. Je sais que ça n’a pas été simple, qu’il y a eu des batailles à mener avec Manon Boyer, directrice du cabinet de Bruno Julliard, notamment. Quand Bertrand Delanoë, ancien maire de Paris, veut construire un nouvel équipement culturel pour changer l’aspect des Halles, il décide de faire un concours architectural. A partir de là, Bruno Julliard, premier adjoint à la mairie et adjoint à la culture est contacté pour remplir cet espace de 1400 m² consacré à la jeunesse. Bruno Julliard s’empare du sujet, réfléchit, fait le lien avec les danseurs, des réunions se font, beaucoup de rencontres qui l’amènent à comprendre les interactions au sein du Hip Hop. A l’époque, jamais ils ne pensaient y arriver car il fallait convaincre beaucoup de monde. Ils ont réussi au bout de 5 ans de convictions. S’ils disaient tout de suite que c’était un projet Hip Hop, ils auraient du s’arrêter tout de suite. Ils sont passés par « centre jeune », « centre des cultures urbaines ». Quand ils ont eu assez de légitimité et de pouvoir, il ont assumé ce terme de « Hip Hop ».

Le mot qui vient en premier quand on pense à ce projet, c’est enfin. Est-ce qu’il a fallu que les fils de ceux qui prennent les décisions écoutent et fassent du rap pour que finalement ils s’intéressent à cette culture?

J’ai envie de dire oui. Mais quand tu entends ce que j’entends, tu te dis qu’on est encore loin du consensus général. Le Hip Hop est partout et nul part. Tout le monde a un neveu qui danse, tout le monde est impacté par ce phénomène. C’est un héritage culturel, artistique, humain et social depuis 30 ans. Il y a les trucs visibles avec les grands rappeurs qui font des Zéniths, mais le tissu se développe avec les graphistes qui entrent dans les galeries, Juste Debout qui remplit aussi le Bercy. Mais à côté, il n’y a pas de lieu ou de structures officielles, rien ne dit que ça pèse en terme de public, de professionnalisme. Chaque secteur d’activité a toujours des chiffres ne serait ce que pour négocier. Nous, il n’y a pas ça. Ca touche tout le monde, du bobo parisien au quartier populaire. C’est encore une culture qui impacte la société, qui la pique et l’interroge. C’est un truc qui bouge encore, ce qui fait que c’est toujours une culture moderne et fraîche. C’est le génie du Hip Hop qui est encore actuel. Quand tu discutes avec les députés, ce n’est pas évident tout de suite, mais quand tu as parlé 10 minutes avec eux et que tu leur montre la réalité, ça devient tout de suite évident.

Concrètement, c’est quoi La Place, quelles sont les opportunités pour un jeune rappeur, une jeune entreprise? Car pour l’instant, même avec le dossier de presse, on est dans le flou.

Je comprend. On construit un projet et on ne maîtrise pas encore tout, on découvre encore des idées. Si on dit certaines choses qui ne vont pas être comme elles seront, on va nous le reprocher. Donc on préfère rester évasifs. Les informations vont aussi se préciser avec l’ouverture du lieu. Comment l’utiliser au mieux pour que ça corresponde au mieux aux différents secteurs des différentes activités. Le tout c’est de réussir à savoir comment répondre à la demande avec 1200 m², 2 salles de diffusions, équipées en son et en vidéo. Mais l’idée n’est pas que de donner uniquement un encadrement matériel, mais d’aider les artistes en fonction de leur niveau. Pour l’artiste confirmé, effectivement, il y aura besoin de peu d’aide, mais pour un jeune artiste, on peut proposer tout types de services, de connexions, d’apport en conseil, en écoute, pour que les projets se développent correctement. Tout est adapté. Souvent la question qui revient le plus est : « C’est pour qui, c’est combien? » Il n’y a pas de réponses. C’est pour tout le monde. Nous ne sommes qu’un rouage supplémentaire au Hip Hop parisien, on n’est pas là pour remplacer quoi que ce soit.

 




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