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Interview Chinese Man : « On est partisan de pas grand chose, on se contente de faire ce qu’on a envie »

BIG UP A RACHID ZERROUKI

Chinese Man, c’est avant tout l’histoire de trois passionnés pour qui la zen attitude est une religion. Dès 2004 ils commencent à faire résonner lourdement leurs premières basses à Marseille. Entre potes. La suite on la connaît : avec un million d’albums vendus et l’indépendance comme fer de lance, la quête de l’homme chinois débutée il y a dix ans, est déjà une success story.

Reggae, Jazz, Swing, électro…  votre but est de tout explorer, l’homme chinois donne du mal de tête aux disquaires. Il y a un style auquel vous ne toucherez jamais ?

On a déjà évité tout ce qui est Jazz, Swing, pour éviter de se retrouver catalogué dans la vague electro-swing qui ne nous correspond pas. On pense que le message est passé, mais  il y a aussi une volonté de rester hip-hop, qui reste la base. C’est dicté par les samples qu’on trouve, et par le fait qu’on veut continuer à travailler avec des M.C.

On se demande parfois comment se passe le choix de vos samples. « Entendre ta voix me trouble l’esprit » peut-on entendre dans Ordinary Man. C’est une réplique de My Fair Lady, qui a repris un poème trouvé dans un sarcophage vieux de 4000 ans…

Ce n’est pas hyper réfléchi, on se rend compte que c’est joli. Là c’était sur Ordinary Man, il y avait un peu la thématique autour. Mais on aime aussi détourner les citations de leur contexte originel. Avec Fight Club, on avait beaucoup aimé le film et on avait trouvé ce sample de l’orgue qui fait le refrain du morceau. Alors on a décidé d’articuler le reste autour des répliques de Fight Club. Le fond du film nous a interpellés aussi. Ca collait bien à notre projet : décalé et différent.

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Vous êtes sans doute un des seuls groupes au monde à avoir fait un featuring avec Guillaume Appolinaire et Mallarmé pour You Suck Me, comment s’est déroulée cette collaboration?

High Ku : Ils sont vraiment foncedés par contre…

Ze Mateo : Normalement t’as pas le droit de toucher à ces grands auteurs qui écrivent pourtant parfois des saloperies alors pourquoi pas jouer avec ça ? Tu mets ensemble des trucs qui ont rien à voir mais nous dans notre morceau, il y a un pont, c’est comme du légo musical.

Le Groove Sessions 3 aussi, c’est du légo musical. Les collaborations sont ultra variées. Et il y a un nouveau nom qui vient d’Argentine : La Yegros ?

Ze Mateo : On aimait ce qu’elle faisait. On était en contact avec sa manager par le Facebook. On a fait la maquette, on voulait changer des collaborations avec les M.C et il se trouve qu’elle aimait bien ce qu’on faisait alors elle était d’accord pour venir sur Paris.

High Ku : Elle nous a bien pris à contrepied, on s’attendait à un truc rapé mais c’est là où c’est intéressant de travailler avec les gens. Elle s’était imaginée une chose, nous une autre, et au final on a donné naissance à un truc entre les deux.

Concernant le label, comment vous choisissez ceux qui le rejoignent ?

Ze Mateo : Rencontres, et adéquations des projets. Pour Deluxe, on a pris le temps de nous décider, ce n’est pas un simple producteur solo qui fait du son chez lui. Deluxe veut tourner, faire sa vie avec. La rencontre avec eux s’est faite il y a six ans, on s’est bien kiffés. On les a vus dans des petits bars, dans la rue. Et puis on a voulu voir s’ils pouvaient mettre leur énergie sur un disque. C’est vraiment il y a 4 ans qu’on a lancé le projet de façon plus officielle. Ça se fait humainement, étape par étape. Pas comme une maison de disques normale qui reçoit une production et répond par oui ou non. Même l’équipe administrative participe à la décision.

Deluxe, je les aie longtemps co-managés. Les projets de CMR c’est aussi vivre un truc avec les gens. Et pas simplement se faire du fric parce qu’on a eu l’oreille à un moment donné.

Avec Fred et Annabelle, à qui vous devez en grande partie l’univers graphique de Chinese Man, c’était une rencontre aussi ?

Sly : Ce sont des amis. On était au lycée ensemble, et il s’avère qu’ils ont capté l’esprit Chinese Man. On est potes donc ils font partie intégrante du projet. C’est une rencontre aussi artistique. Mais l’humain prime toujours dans notre label.

Vos sons disent de vous que vous êtes des explorateurs. On sent une affinité particulière avec les pays de l’est…

Sly : Chinese Man, ça nous a beaucoup amené à voyager. Le voyage est une composante vachement importante de Chinese Man. On s’inspire de nos voyages dans nos musiques.

High Ku : Surtout l’Indonésie. On aime bien les autres pays pour voyager  mais en Indonésie, on a trouvé un truc inédit : le coté alternatif à la fois musicalement et socialement. Jackarta est pleine de graffeurs, de groupes de Hip-Hop. En Thaïlande on a beaucoup moins eu la chance d’en rencontrer. On a tissé des liens au fil des années assez forts en Indonésie. Il y a des groupes qu’on suit là-bas. Moi j’y suis retourné en vacances…C’est la famille.

Votre meilleur souvenir de voyage en dix ans d’existence ?

Ze Mateo : La Réunion peut être ? Ou la Thaïlande, une nuit d’anthologie sur l’île !

Sly : On prend souvent le temps de découvrir l’aspect du pays, donc toutes les premières fois, c’est énorme. Indonésie, Réunion, Thaïlande…

Une soirée sur l’île ?

High Ku : Les premiers jours là-bas, avec tous les gens du label on s’est retrouvés sur une île  pour un break… Et on s’est collé une race monumentale. Il y a eu des combats de sumos et on s’est réveillés avec des bleus partout.

Ze Mateo : Le lendemain, c’était 24h assis sur une chaise. C’était un peu le début du Chinese Man Records,  et c’était un truc de fou, ça a participé à forger le label.

Vous calez souvent des samples extraits de films. Un qui vous aurait marqué ces derniers temps ?

Sly : Le dernier que j’ai vu et que j’ai kiffé, c’est The Snowpiercer

High Ku : Alabama Monroe je dirais.

Ze Mateo : Peut-être Holy motors…

Et vos références littéraires ?

High Ku : Beaucoup de littérature américaine, faite de Paul Hauster, Russel Banks et autres. Et un peu japonaise avec Hurakami.

Sly : Moi c’est un peu bizarre parce que j’aime bien James Elroy. Le mec est un peu particulier mais je trouve qu’il est super inspirant. Et Picsou Magazine.

Ze Mateo : J’aime beaucoup José Carlos Somoza  et puis Jadorowsky pour son coté délirant.

Sly : Et Gabriel Garcia Marquez, qui nous a quitté il y a quelques temps.

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L’industrie musicale, elle, a connu des changements parmi les plus importants de son histoire pendant ces dix ans. Vous les vivez comment ?

Ze Mateo : On essaye de s’adapter à chaque fois, trouver des envies entre l’envie de faire du vinyle et les contraintes : les projets engagent des gens, il y a des sous là-dedans, mais on trouve notre équilibre sur chaque projet. Il faut lâcher le « c’était mieux avant » l’idée, vu que la musique est en mutation permanente est qu’il vaut mieux être à l’écoute de que tu aimes, faire naturellement les choses et trouver une sorte de consensus dans tout ça.

High Ku : On est partisan de pas grand-chose, on se contente de faire ce qu’on a envie.

 




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