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Enquête – Comment le rap a choppé Marianne ? Partie 4, la reconquête

Le début de l’histoire ici.

Notre jeune prince a dû se défaire de quelques valeurs afin de s’élever aux rangs de sa douce. Il a délaissé la rue pour la toile. Fini la révolte : “Le rap est le bras armé du système”, déclare déçu El Matador, un des plus vaillants soldats marseillais du mouvement. Il a de plus réussi à multiplier les masques, afin de satisfaire tous les publics. Cette variété des plaisirs, c’est Fred Musa qui en parle le mieux : “Honnêtement, même si c’est de bon ton de dire que c’était mieux avant, je trouve qu’il y a un panel fabuleux maintenant. Il y a des gens qui vont plus écouter du Gims, Black M et Soprano, puis d’autres qui vont écouter Médine ou Kery James, qui existent toujours, avec un rap plus politisé ou plus sociétal. Le spectre du rap existe, chose qui n’existait pas à l’époque.”

Nos régions ont du talent

Le prince ne se cantonne plus à la banlieue, et sillonne désormais toutes les villes de France. L’explosion de nombreux rappeurs provinciaux, hors de l’axe Paris-Marseille, a aussi permis à cette institutionnalisation du rap français. Cela, on le doit en grande partie à internet. La distance entre les maisons de disques et les artistes est désormais largement réduite. Avant, il était plus facile pour un parisien de contacter les maisons de disques, les radios, toutes situées sur Paris. Aujourd’hui, de plus en plus de rappeurs comme Gradur ou Joke, construisent leur fanbase sur Youtube pour ensuite être contacté par les maisons de disques. On trouve aussi une génération d’ancien rappeurs dans toutes les villes de France qui après s’être cassé les dents sur la scène parisienne, rentrent dans leur ville afin de permettre aux jeunes de s’élever localement. C’est le cas de Dadoo, qui après un tour à Paris est retourné à Toulouse afin d’ouvrir son label et produire ses propres jeunes, comme Set et Match. Tout le monde est touché par cette vague qu’est le Hip Hop, ce qui changera les valeurs dans les années à venir.

En écoutant Fif analyser le microcosme des médias Hip Hop, on remarque que cette diversité se distingue également : “Ce qui est bien, c’est qu’on travaille tous pour le rap. Abcdr, c’est les puristes du rap, Ndahood c’est les chiens de la casse.”, ce qui permet à Rachid Santaki de conclure : « Le média n’a pas un rôle mais un positionnement. C’est au public de croiser les sources et de se faire sa propre idée. »

Cette diversité des rap a également permis une diversité des publics. Des plus jeunes aux plus aisés, désormais, tout le monde est touché par la vague Hip Hop. Peut-être que même le petit frère de Marianne grandit avec les refrains de Maîtres Gims. Ceux qui lui déconseillaient de fréquenter ce mauvais garçon hier travaillent avec lui aujourd’hui. L’histoire du comte Lacoste est intéressante et c’est à Fred Musa de la raconter : “Ce qui m’a fait tilter, c’est la pub de Lacoste qui prenait le son de Grandmaster Flash, The message. Alors qu’il y a dix ans, cette marque faisait des procès à Arsenik parce qu’ils étaient en Lacoste. A l’époque, ils voulaient être la marque des bons petits blancs et ne voulaient pas être assimilés à deux renois de Villiers le Bel. Ce jour-là, je me suis dit, il y a eu un changement de tête chez Lacoste.”

“il faut qu’on nous respecte.

Grâce à ces nouveaux publics, les actionnaires qui le craignait misent sur lui. Il se fait inviter dans les festivals, à la télévision et servent même à vendre certains produits comme Toyota ou Oasis qui n’hésitent pas à intégrer les codes dans leurs publicités.

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Rachid Santaki, ayant également travaillé dans des boites de communication, avoue : “Demain, tu es annonceur, tu veux une pub qui va toucher les 14-25, tu veux que tes personnages aient un parlé jeune. Avec les codes adaptés, ce sera crédible. Ce n’est pas parce que je fais un travail de consultation que ça vide quoi que soit. La culture Hip Hop, si t’utilises ses codes sans lui rendre hommage, là il y a un problème. Mon point de vue a évolué là dessus, et les gens qui maîtrisent les codes seront crédibles.”

Le jeune Zulu qui traînait sans but à Châtelet a bien changé. Il a mûri, voyagé, s’est ouvert aux autres cultures. Il est devenu un entrepreneur, et de nombreux projets grandissent autour de lui. Maintenant, il essaye de s’intégrer à sa nouvelle famille, avec qui il a eu tant de désaccords, comme Booska-P, qui après avoir été reconnu pour son expertise sur le rap, s’est ouvert au sport ou au cinéma : “On n’est plus un site de rap en vrai. On vient de là, mais c’est plus culture urbaine. On essaye de mettre en avant notre truc, et il faut respecter ça. Le rap est une musique qui vend, et il faut qu’on nous respecte.

Au fond, seul le temps permettra à la princesse de cicatriser ses blessures. Les prochaines générations lui rappelleront à quel point il fut bon, et l’histoire pourra ainsi être consumée. Ce mouvement si contre-versé à ses débuts enverra ses plus beaux paroliers au même rang que les monuments français tels que Jacques Brel, Georges Brassens ou Paul Eluard.




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